Détails de l'évènement

  • Du 05/03/2018 au 06/03/2018
  • Adresse: Amphi Buffon, Université Paris Diderot

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Journées organisées par l’université Paris Diderot

Inscription à l'adresse suivante : journees.empathie@gmail.com

L’empathie, concept apparaissant au sein des réflexions dans le domaine de l’esthétique de Robert Vischer, a été conçue dès son origine dans une interdisciplinarité certaine, en tant que « mystère devant être expliqué par la physiologie et la psychologie conjointe » (Vischer R. reprenant Vischer F.T, 1873). Cette position spécifique de l’empathie, au carrefour des disciplines, s’est maintenue au travers des années : elle s’inscrit notamment à présent comme un objet d’étude important des neurosciences, plus particulièrement encore depuis le développement des neurosciences sociales, et de la médecine. Elle se dévoile parfois comme présupposé, parfois comme objet de débats dans la pensée psychanalytique. À l’heure actuelle toutefois, les points de vue sur la question de l’empathie sont variés – si variés que quelques auteurs décrivent ce concept comme prenant tant de sens différents que l’on finit par ne plus pouvoir lui en donner (Pigman, 2010 ; De Vignemont et Singer, 2006 ; Herrington, 2016). Néanmoins, récemment, un grand nombre de travaux ont été consacrés aux aspects comportementaux et aux bases neurales de l’empathie – dans ce cadre, l’empathie désigne pour certains une dimension exclusivement affective de la relation à l’autre, entre partage émotionnel et compréhension de la situation affective d’autrui (De Vignemont et Singer, 2006) ; alors que pour d’autres auteurs, l’empathie est à maintenir distincte de la sympathie, contagion notamment émotionnelle, en ce qu’elle n’induit pas une reproduction à l’identique de la situation affective d’autrui (Berthoz, 2004).

Malgré ces désaccords, l’empathie demeure engagée d’une part le champ du psychique et d’autre part celui du physiologique. Et ceci en plus d’un sens : car si ces domaines du savoir sont sollicités pour comprendre l’empathie, pour les personnes engagées dans des pratiques thérapeutiques – psychiques ou médicales – l’engagement n’est pas que théorique : leur empathie est sollicitée dans leur pratique quotidienne. Cela non sans certaines interrogations : ainsi, alors que Ferenczi défendait l’idée d’une empathie éloignant le psychanalyste de la façon dont un médecin qui se croirait « omniscient et tout-puissant [aurait] l’habitude d’affronter le malade » (S. Ferenczi, 1993), Bolognini quant à lui se méfie de la façon dont cette notion peut venir nourrir des fantasmes d’omnipotence, perçue comme un don qui permettrait de passer outre la formation et les réflexions théoriques nécessaires au travail du psychologue (Bolognini, 2006). Du côté des médecins, certaines recherches poussent à interroger la place et l’advenir de l’empathie dans leur pratique et leur formation, soulevant un certain paradoxe : si l’empathie du médecin se place comme un facteur le protégeant du burn-out (Graham et al., 2016) et améliorant les résultats de la prise en charge médicale (Neumann et al., 2012), l’empathie des étudiants en médecine a été identifiée dans certaines recherches comme déclinant au cours de leurs études (Hojat et al., 2009). En revanche, si l’empathie a été par certains désignée comme un prérequis essentiel pour les psychologues, notamment ceux d’orientation analytique (Greenson, 1961), les interrogations portant sur l’évolution de l’empathie des étudiants en psychologie pendant leur parcours sont peu nombreuses.

Comment alors penser l’expérience que vient traduire le terme d’empathie sous l’angle de cette place particulière qu’elle occupe, à la fois au cœur et à l’interface du médical et du psychique ? Et, au-delà de la théorie, quelle place prend l’empathie dans la formation, la pratique de soin et la subjectivité des professionnels de santé et des thérapeutes ? C’est autour de ces questions que ces journées d’étude s’organiseront, afin de faire le point sur les différentes approches de l’empathie et sur la prise en considération de celles-ci dans la relation entre soignants et soignés, et en visant à un échange et à ouvrir le débat entre les cliniciens et chercheurs des différentes disciplines concernées.